Les munitions de la Seconde Guerre mondiale

L’origine des amorces

Historiquement, le canonnier napoléonien mettait le feu à la poudre la mettant en contact avec une mèche enflammée, à travers le vent du canon. Une partie de l’énergie se perdait via le vent, mais c’était le seul moyen de déclencher l’explosion de la poudre noire. La découverte des propriétés du fulminate de mercure par l’Ecossais Forsythe en 1807 va permettre de changer la donne. Cette matière éclatait grâce à un simple choc. La chaleur de la première explosion pouvait ensuite enflammer une charge propulsive de poudre noire. Le principe de l’amorce était né. Elle remplaçait avantageusement les silex.

Une seconde révolution était en cours avec le principe de la cartouche. Plutôt que de placer la poudre et la balle indépendamment, la cartouche permettait de placer les deux composants dans un même geste.

Le canon napoléonien


Il y eut plusieurs péripéties avant d’en arriver à la cartouche en laiton, combinée à l’amorce au fulminate de mercure. Elle connu sa première application dans les fusils: les Prussien furent les premiers à l’adopter avec le fusil Dreyse en 1841, où les amorces replaçaient les silex. Il fallu encore une bonne décennie pour que les canons l’adoptent à leur tour. Ce qui avait retardé son adoption était la méthode de chargement du canon. Glisser un obus encartouché par la bouche d’un canon n’était pas un procédé pratique. Le stade suivant fut donc le chargement par la culasse. Krupp mis au point en 1866, le premier canon se chargeant par la culasse. Ces pièces étaient prêtes en nombre pour la guerre franco-allemande de 1870.
Enfin on passa au aide au rechargement, soit semi-automatique, si la culasse s’ouvrait après le tir, profitant de la force de recul et permettant d’enfourner l’obus suivant, soit automatique si le canon se comportait comme une mitrailleuse.
Tous ces perfectionnements, couplés au contrôle du recul, permit d’augmenter dramatiquement le rythme de tir. Alors que le canonnier napoléonien pouvait tirer environ un coup à la minute, son descendant de la Seconde Guerre Mondiale pouvait atteindre jusqu’à une vingtaine de coups à la minute pour une pièce semi-automatique moyenne (75mm). Un canon automatique pouvait aller jusqu’à 500 coups à la minute !


Le progrès des poudres propulsives tout au long du 19°siècle eut d’autres conséquences. D’abord, l’augmentation de la portée: un canon de campagne napoléonien peut aller jusqu’à un kilomètre maximum. Pendant la guerre 14-18, on en est entre cinq et dix kilomètres, vingt-cinq ans plus on pouvait atteindre les 20 kilomètres. Un deuxième progrès fut l’invention à la fin du XIX°siècle de la poudre sans fumée. Couplé à l’augmentation de portée, cela provoque une révolution dans la tactique d’utilisation du canon. Jusqu’au XIX°siècle, le canon ne pratique que le tir direct, sauf s’il veut toucher un objectif derrière un obstacle. Essayer de se cacher n’aurait pas de sens: les mèches et la poudre noire produisent tellement de fumée qu’il serait de toute façon repéré. L’inconvénient est que l’ennemi peut diriger son tir sur les canons, un objectif très vulnérable à cause des matières explosives qui sont stockés autour.


Du jour où la portée et la discrétion le permettent, les canons passent au tir masqué. Ils se dissimulent derrière une pente et tirent à distance sur les troupes ennemies. Ce n’est plus l’artilleur qui vise, mais un observateur installé à l’avant qui règle et corrige le tir. Cette procédure était devenue quasiment la seule pendant la Seconde Guerre. Seuls les canons antichar pratiquaient encore le tir direct sur le champ de bataille. De savants calculs et l’observation aérienne permettaient quand même de repérer les canons ennemis et de diriger des tirs de contrebatteries, mais le canon avait une espérance de vie plus longue. Il changeait de position régulièrement pour échapper à la réaction ennemie sur l’ancienne position de tir.

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