La visée au canon pendant la Seconde Guerre mondiale

Le terme « visée » n’est pas très adéquat pour la plupart des canons et obusiers: étant donné que les soldats n’apercevaient pas leur objectif, leur « visée » était le résultat d’un calcul et de corrections données par un observateur, et non une visée au sens classique du terme. Sur les canons antichars ou antiaériens, par contre, le viseur était un instrument indispensable. Pour que la visée soit correcte, deux paramètres doivent être pris en compte: l’azimut (« gauche-droite ») et la distance (l’altitude dans le cas d’un avion).

Si le cas de l’azimut est évident et se réglait avec un simple croisillon, le problème de la distance est plus ardu. Excepté à très courte portée, la trajectoire d’un obus n’est pas droite. Donc, même si l’azimut est correct, l’obus va manquer son objectif si la distance estimée est fausse.
Pendant la Seconde Guerre, les seuls instruments pour estimer la distance sont les télémètres optiques (4). Comme la plupart des jumelles actuelles, leur principe de base était la triangulation:

Au moment du tir, l’objectif continue à avancer. Il faut viser le point ou sera l’objectif au moment où l’obus arrivera à sa hauteur
l’objectif était l’un des sommets, les deux oculaires étaient les deux autres. Quand l’image devenait nette, c’est que le bon angle avait été trouvé et la distance pouvait se calculer. La qualité d’un télémètre (outre le problème de travail du verre qui le composait) dépend de la distance entre les deux oculaires: plus elle est grande, plus le télémètre est précis. Il y avait une contradiction entre la portabilité et la précision des télémètres.


Le mouvement de la cible compliquait encore la tâche du canonnier. Le cas du tir sur un objectif en mouvement était le plus courant. Quasiment tous les tirs contre chars, avions ou navires supposaient un objectif en mouvement. Pour toucher une telle cible, il faut tirer devant elle. Les viseurs des canons antichars ou antiaériens prévoyaient, autour du croisillon, une série de graduation qui permettait d’estimer la vitesse de l’objectif. En fonction de la distance donnée par le télémètre, on en déduisait la correction à apporter au croisillon pour viser le point où serait l’objectif. Un observateur (le canonnier lui même ou un collègue) observait la traçante par rapport à l’objectif et pouvait donner des corrections supplémentaires si le premier coup ratait sa cible.


Le mouvement de la cible n’est pas la seule complication possible: le canon lui-même pouvait être en mouvement. Si cela ne changeait rien à la visée elle-même (peut importe où se trouve le canon quand l’obus arrive sur sa cible, seul le moment où l’obus quitte le tube compte), par contre les mouvements anarchiques de son arme rendait le tir précis quasiment impossible. Vers la fin de la guerre, beaucoup de chars anglo-saxons installèrent des systèmes de stabilisation en élévation du canon de leurs chars (les mouvement haut-bas étaient compensés par un système hydraulique qui relevait ou abaissait automatiquement le canon). Cela ne permettait pas vraiment un tir précis en mouvement: pour tirer, un char commençait par se stopper. Seuls les avions (pas question de stopper pour tirer, mais l’air n’est pas aussi irrégulier qu’un champ labouré) ou les navires pratiquèrent le tir en mouvement.